Habilitation familiale et placement en EHPAD : que peut vraiment faire le mandataire ?

Un parent ne reconnaît plus ses proches, oublie de manger, laisse les factures s’accumuler. La famille décide qu’un placement en EHPAD s’impose. Un enfant obtient une habilitation familiale auprès du juge. Et maintenant ? Peut-il signer le contrat de séjour, résilier le bail du domicile, utiliser les comptes bancaires du parent pour payer l’établissement ? Les réponses dépendent de ce que l’ordonnance du juge autorise, et de la nature de chaque acte.

Habilitation familiale : ce que l’ordonnance du juge change concrètement

L’habilitation familiale confie à un proche le pouvoir d’agir au nom d’une personne âgée qui ne peut plus exprimer sa volonté. Elle remplace, dans beaucoup de cas, une mise sous tutelle ou curatelle, avec une procédure plus légère.

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Mais toutes les habilitations ne se valent pas. Le juge des contentieux de la protection peut accorder une habilitation générale ou une habilitation limitée à certains actes. Cette distinction change tout pour le quotidien du mandataire.

Une habilitation générale couvre en principe les actes d’administration (gérer un compte, payer des factures, signer un contrat de séjour en EHPAD) et les actes de disposition courants. Une habilitation spéciale, elle, ne donne pouvoir que sur les actes précisément listés dans l’ordonnance.

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Avant de se demander « que puis-je faire ? », le mandataire doit relire le dispositif exact de l’ordonnance. C’est ce document qui fixe le périmètre de ses pouvoirs, pas le lien de parenté ni la bonne volonté.

Décision du lieu de vie et signature du contrat en EHPAD

Vous vous demandez si le mandataire peut, seul, décider du placement en EHPAD ? La réponse n’est pas binaire.

Une mandataire familiale discute du placement en EHPAD avec un membre du personnel soignant dans le couloir d'une maison de retraite

En principe, le majeur protégé conserve le droit de choisir son lieu de vie tant que son état le permet. L’habilitation familiale ne supprime pas cette capacité automatiquement. Elle la transfère au mandataire uniquement quand le juge l’a expressément prévu ou quand l’altération des facultés rend toute expression de volonté impossible.

En pratique, de plus en plus de juges précisent dans l’ordonnance si le mandataire peut choisir, signer et modifier le lieu d’hébergement. Si l’ordonnance ne mentionne pas ce pouvoir, le mandataire risque un blocage au moment de signer le contrat de séjour.

Quand l’EHPAD demande des garanties

L’établissement vérifie que le signataire a bien qualité pour engager le résident. Le mandataire doit présenter l’ordonnance d’habilitation. Si le document ne couvre pas explicitement la décision sur le lieu de vie, l’EHPAD peut exiger un retour devant le juge.

Ce point bloque régulièrement des familles pressées par une place disponible. Anticiper en demandant au juge, dès la requête initiale, une habilitation incluant le choix du lieu d’hébergement évite cette impasse.

Gestion du patrimoine et actes financiers liés au placement

Payer l’EHPAD suppose d’accéder aux comptes bancaires du parent, parfois de vendre un bien immobilier pour financer le séjour. Le mandataire habilité peut-il faire tout cela librement ?

Comptes bancaires et actes d’administration

Avec une habilitation générale, le mandataire gère les comptes courants, règle les factures de l’EHPAD, encaisse les pensions. La banque accepte ces opérations sur présentation de l’ordonnance.

Certaines banques restent frileuses et demandent des confirmations supplémentaires. Le mandataire a intérêt à fournir l’ordonnance en amont et à se faire connaître comme interlocuteur unique du compte.

Vente du logement : un acte sous contrôle du juge

La vente de la résidence principale nécessite une autorisation du juge, même en cas d’habilitation générale. Ce garde-fou protège le patrimoine du majeur. Le mandataire doit déposer une requête distincte, justifier la nécessité de la vente (financer le séjour, par exemple) et obtenir un accord avant de signer chez le notaire.

Pour les autres biens immobiliers, la situation dépend de l’étendue de l’habilitation. Une habilitation générale peut suffire pour des actes de disposition sur des biens secondaires, mais le notaire vérifiera systématiquement l’ordonnance.

Limites du mandataire : les actes qui restent hors de portée

L’habilitation familiale ne donne pas un pouvoir absolu. Plusieurs catégories d’actes échappent au mandataire, quelle que soit la formulation de l’ordonnance :

  • Les actes strictement personnels restent réservés au majeur protégé : reconnaissance d’un enfant, déclaration de nationalité, choix relatif aux soins psychiatriques sous contrainte. Le mandataire ne peut pas s’y substituer.
  • Les décisions médicales graves (limitation de traitement, participation à un essai clinique) relèvent du consentement du majeur ou, à défaut, d’un cadre médical spécifique, pas du mandataire seul.
  • Les donations et les modifications de testament sont interdites au mandataire, sauf autorisation judiciaire expresse, rarement accordée.
  • Les restrictions de visites ou les mesures de contention en EHPAD relèvent de l’établissement et du médecin coordonnateur, pas du mandataire habilité.

Comprendre ces limites évite des conflits avec l’EHPAD ou avec d’autres membres de la famille qui pourraient contester les décisions prises.

Mains d'une personne âgée et d'un mandataire signataire de documents juridiques liés à l'habilitation familiale chez un notaire

Conflits entre frères et sœurs : que faire quand la famille se divise

L’habilitation familiale repose sur un principe simple : la famille doit être d’accord sur la personne désignée. Si un frère ou une sœur conteste le choix du mandataire ou la décision de placement, la situation se complique.

Le juge peut refuser l’habilitation s’il constate une opposition sérieuse au sein de la fratrie. Dans ce cas, il oriente vers une mesure de tutelle ou curatelle, avec un mandataire judiciaire extérieur à la famille.

Quand le désaccord survient après l’habilitation, un membre de la famille peut saisir le juge pour demander la révocation ou la modification de la mesure. Le mandataire en place doit alors justifier chaque décision prise, y compris le placement en EHPAD.

Prévenir plutôt que subir

Réunir la fratrie avant de déposer la requête, formaliser un accord écrit sur les grandes orientations (lieu de vie, budget, répartition des visites) et tenir les proches informés des décisions financières réduit considérablement le risque de contestation ultérieure.

L’habilitation familiale offre un cadre juridique souple pour accompagner un parent vers l’EHPAD. Le mandataire dispose de pouvoirs réels sur la gestion courante, la signature du contrat de séjour et les finances. La vente du logement principal reste soumise au juge, les actes strictement personnels échappent à son périmètre, et l’accord familial conditionne la solidité de la mesure. Relire l’ordonnance avant chaque démarche reste le réflexe le plus utile.

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